Low tech : un changement de paradigme pour une vie soutenable.

Faire le choix des low tech, c’est vouloir changer radicalement notre société.
Nous sommes de plus en plus nombreux à être sensibles aux nombreuses problématiques environnementales mises à jour par la littérature scientifique. Il apparaît évident que notre fonctionnement actuel ne peut pas perdurer car il est en train d’épuiser des ressources et de mettre à mal les équilibres biogéochimiques planétaires. La gravité du diagnostic global appelle une prise de conscience rapide et une réaction de tous les acteurs de la société.

C’est pour répondre à cette problématique que les low techs nous apparaissent comme une évidence.
La démarche, la philosophie low tech consiste à :
- faire moins, à adopter la sobriété pour sortir de l’excès actuel et revenir à des niveaux de consommation soutenables à très long terme.
- faire mieux, en utilisant au mieux la technologie tout en minimisant l’empreinte environnementale par des choix de matériaux durables et dont l’impact est minimisé.

En clair, l’humanité et son monde industriel vont devoir accepter de se poser des limites, pour maximiser la qualité de vie à long terme. Voyons tout cela en détail :


Première partie : Quand l’homme se confronte aux limites du système Terre.

Le 21e siècle rappelle à l’homme une vérité qu’il a un temps tenté d’ignorer : la planète Terre n’est pas infinie.

L’humanité compte près de 8 milliards d’individus et une armée de machines qui décuple sa force physique sur une quasi-sphère de moins de 13 000 km de diamètre, dont 150 millions de km² de terres émergées sont modelées pour nos usages.
C’est le paradoxe de notre puissance de frappe sans précédent :
Nos capacités de production sont plus fortes que jamais, et pourtant notre époque sera marquée par
 les limites.

Le réchauffement climatique, l’effondrement de la biodiversité, l’épuisement ou l’altération des stocks de ressources, sont quelques exemples dont les conséquences négatives commencent à se faire sentir et viendront très fortement perturber le fonctionnement de nos sociétés, bien avant la fin du siècle.

C’est cette problématique que nous avons à résoudre aujourd’hui : notre développement a atteint un niveau extraordinaire à l’échelle de la planète, mais n’est pas soutenable en l’état à long terme.
Notre empreinte écologique est devenue si importante, qu’elle dégrade fortement l’environnement qui nous permet de vivre et épuise rapidement de nombreuses ressources dont un bon nombre d’entre elles ne sont pas substituables.
Un rapide changement de système est souhaitable pour préserver l’essentiel de ce qui nous permet de bien vivre, en sortant des logiques productivistes gaspillantes, pécuniaires et court-termistes. En clair, de sortir de celles induites par le système capitaliste.
Comment tempérer nos aspirations à avoir toujours plus ? Comment revenir à un fonctionnement soutenable pour ne pas mettre en péril l’espérance et la qualité de vie de nos descendants ? Comment redonner du sens à nos existences, en dehors de la société de consommation ?

Essayons de définir plus en détail les mécanismes à l'œuvre, les problématiques à gérer et les solutions possibles.

I) L'Épuisement des ressources.

1) L’homme et les énergies fossiles.

Rappel historique et vue d’ensemble.

Revenons un peu en arrière et prenons un peu de recul. Observons notre rapport à l’environnement d’un point de vue extérieur.

L’histoire de l’humanité est faite de nombreuses découvertes, qui ont profondément changé la condition humaine au fil du temps. Si l’impact de l’humanité a déjà pu avoir des conséquences négatives sur la biodiversité par le passé avec l’extinction de la mégafaune, ce n’est que récemment que nous avons acquis la capacité d’avoir un contrôle démesuré sur l’ensemble des écosystèmes et de modifier la chimie, le climat planétaire. Ceci est le fait d’une transformation majeure et relativement récente sur laquelle je vais m’attarder en particulier :

Si la population, l’économie, l’industrie, ont pu croître à une vitesse extraordinaire lors du siècle précédent et jusqu’à aujourd’hui, c’est principalement grâce à l’exploitation massive d’un trésor énergétique : celui des combustibles fossiles.

En effet, le charbon, le pétrole et le gaz naturel représentent un immense stockage d’énergie sous forme chimique. Ce stock était présent sur Terre bien avant l’arrivée de l’humanité mais l’essentiel nous est resté très longtemps inaccessible. Cette réserve a mis des centaines de millions d’années à se former, elle est unique, extraordinaire et finie.
Il y a environ deux siècles, nous avons appris à faire du travail à partir de la chaleur. La chaleur qui ne servait jusque-là qu’à chauffer, va maintenant permettre à l’homme d'acquérir une force extraordinaire, et être ainsi capable de modeler son environnement à sa guise grâce aux machines.
Les énergies fossiles deviennent alors naturellement la première source de chaleur, car leur combustion est simple et leur densité énergétique très élevée.
A partir de là et jusqu’à aujourd’hui, on va tout faire pour brûler le maximum de ces combustibles, car les bénéfices qu’on en tire améliorent énormément notre confort de vie.
Petit à petit le trésor énergétique est rendu accessible par des techniques de plus en plus perfectionnées et pour satisfaire des besoins en constante augmentation. Le charbon d’abord, suivi du pétrole et du gaz. La puissance de frappe des fossiles auto-alimente leur extraction croissante. Les innovations technologiques s'enchaînent et amplifient encore le phénomène :


Ce graphique représente l’évolution de la quantité d’énergie disponible au cours des 200 dernières années, ainsi que la répartition de sa provenance.
“Traditional biomass” est principalement le bois, coal le charbon, Oil le pétrole.

On peut voir que les sources n’ont fait que s’additionner les unes aux autres, et que notre dépendance aux fossiles est immense.
L’ensemble des machines à notre disposition fonctionne grâce à cette énergie colossale et développe au moins plusieurs dizaines de fois la puissance de travail de l’humanité.
On peut trouver cette valeur en comparant l’énergie consommée par les machines (environ 20 000 kilowattheures / personne / an, à celle consommée par une personne : moins de 1000 kWh / an, si on compte 2000 calories par jour.

Jean-Marc Jancovici parle généralement de 200 esclaves énergétiques car il fait le calcul avec notre capacité de travail physique journalière : si vous utilisez votre corps pour monter d’un mètre 36 tonnes de matériaux, vous n’avez fourni que 0,1 kWh de travail utile, autrement dit presque rien.
Pour rappel, 1 kWh électrique coûte moins de 20 centimes en France, à ce tarif on vous payerait des centimes pour une journée de travail physique.

En résumé, vu de loin, des petits êtres vivants à la surface de la Terre font de leur mieux depuis 200 ans pour brûler tout ce qu’ils peuvent, le plus rapidement possible, sans se soucier de gérer le stock intelligemment ou de prendre garde aux conséquences climatiques, nous y reviendrons.

De quelles réserves d’énergies fossiles dispose-t-on encore ?

Pas assez et trop à la fois !

Les bénéfices qu’on tire des énergies fossiles sont considérables, on est d’ailleurs bien incapables de s’en passer aujourd’hui. Tous les maillons de nos systèmes de production mondialisés fonctionnent grâce à ces énergies. S’il est souhaitable à court terme de changer radicalement cette économie mondialisée qui gaspille les ressources, nous en sommes aujourd’hui totalement dépendants. Une rupture sans transition des moyens de subsistance, ou une chute de l’approvisionnement énergétique pourrait mettre à mal énormément de secteurs d’activités.

L’arrivée de cette période trouble souvent prédite a été jusqu’à présent repoussée grâce à l’avancée technologique. En attendant, notre capacité d’extraction est plus élevée que jamais, ce qui nous permet de mettre une gigantesque quantité d’énergie sur la table. De plus, il reste sans doute davantage dans le sol que ce que nous avons déjà brûlé.
Ce qui est sûr, c’est que les réserves restantes sont plus difficiles d’accès. Nous avons commencé par nous servir là où c’était facile, en se servant des meilleures ressources. Une telle qualité est bien rare aujourd’hui et on doit de plus en plus faire avec ce qui reste.
Enfin, avec un tel rythme, nous allons rapidement épuiser ces ressources, même si elles se sont montrées plus abondantes qu’on ne le pensait.
Quand je dis rapidement, c’est quelques dizaines d’années pour le pétrole, plus ou moins autant pour le gaz et plus d’une centaine d’années pour le charbon.


La vitesse à laquelle nous les utilisons a énormément augmenté et continue de le faire. Il est fort probable qu’on atteigne bientôt un point où l’offre ne sera plus capable de suivre la demande.

Si on détaille un peu plus, les réserves de charbon sont très grandes et ses usages sont plus facilement substituables que ceux du pétrole dont les réserves sont plus faibles.
Ainsi, le pétrole est sans doute la source d’énergie qui créera les premières tensions d’approvisionnement énergétique.
Sa production est largement dépendante aujourd’hui de sources dites “non conventionnelles” comme le pétrole de roche mère (schiste). Cette production dépend d’investissements massifs et nécessite un cours du baril élevé pour trouver une rentabilité.

Le cours faible lié à la baisse d’activité économique causée par la pandémie a d’ailleurs mis à mal la production américaine. Il se peut que la reprise soit d’autant plus difficile, avec ce secteur bien plus incertain que les productions classiques qui sont toutes à la baisse.

Voici par exemple une projection proposée par Jean-Marc Jancovici :


L’avenir des fossiles avec une telle dépendance aujourd’hui est donc très préoccupant. Cependant, la quantité de dioxyde de carbone qui serait émise par la combustion de l'ensemble des réserves restantes est gigantesque. L’urgence climatique mais aussi liée à l’acidification dangereuse des océans par absorption du CO2 atmosphérique, devrait nous pousser à laisser dans le sol l’essentiel de ces ressources, au plus vite et coûte que coûte.

Dans ce sens, on peut effectivement dire que nous disposons de trop de ressources fossiles. On approche où on a déjà passé le point où les services rendus par les combustibles fossiles génèrent davantage de problèmes environnementaux. Se contenter de se limiter par l’épuisement de leurs stocks aurait des conséquences terribles et n’est absolument pas souhaitable.

Le graphique ci-dessus donne la quantité de carbone contenue dans les ressources fossiles encore dans le sol aujourd’hui. On voit qu’il faudrait y laisser les deux tiers pour éviter une élévation de température mondiale de deux degrés.

Quels candidats pour les remplacer ?

Cette question est très complexe et nous ne prétendons pas avoir la réponse. Selon nous, le principal levier doit être la sobriété : réduire la consommation d’énergie autant que possible.
Passer d’un monde organisé sur l’exploitation d’un trésor énergétique abondant à un autre où on interdit d’y toucher est un défi sans précédent.
Il est important de déconstruire tous les discours frauduleux sur l’énergie : toute source d’énergie a un impact environnemental, il n’y a pas d’énergie verte.
Les partisans du business as usual débordent d’imagination pour maintenir leurs activités :
De nombreuses entreprises prétendent compenser leurs émissions, alors que rien ne garantit aujourd’hui qu’elles seront en mesure d’y parvenir, que les arbres plantés pour compenser ne finiront pas en fumée.
Ensuite, on entend beaucoup parler du gaz comme s’il était écologique. Le gaz émet deux fois moins de CO2 que le pétrole. Ce qui le laisse à un niveau d’émission très important.

Si toutes les énergies fossiles sont dramatiques pour leurs émissions de CO2, l’activité minière pour mettre en place des panneaux solaires ou des véhicules électriques n’a rien d’anecdotique.

Si on se concentre sur le CO2, voici un comparatif de l’ordre de grandeur des émissions pour la production d’électricité :


Source d’énergie

Quantité de CO2 émise,

en grammes / kWh

Nucléaire

12-30

Eolien

15

Biomasse

40

Géothermie

40

Solaire Photovoltaïque

55

Gaz naturel

420

Pétrole

730

Charbon

1000

Source : Ademe / AIE. Ne tient pas compte de l’intermittence induite par l’éolien ou le solaire.

Remarque : Les valeurs données ici donnent une idée de ce que peut émettre un type d’énergie pour d’autres usages, même si on ne peut pas faire une transposition exacte. C’est en tout cas ce qui pousse de nombreux gouvernements à interdire les chaudières à fioul ou gaz.
On voit bien que le gaz naturel est le meilleur des fossiles, mais reste très mauvais si on le compare au reste.
Chaque source d’énergie comporte ses risques et ses désagréments : pollution liée à l’activité minière, pollution de l’air, risque nucléaire, occupation importante de surfaces, risque de rupture de barrage, etc.
Stocker l’énergie est aujourd’hui complexe et les technologies ne sont pas au point pour assurer l’alimentation électrique à grande échelle simplement à base d’éolien et de solaire, qui dépendent des conditions météorologiques.
Dans les faits, les pays qui ont fait le choix de sortir du nucléaire ont vu leurs émissions augmenter largement, malgré des investissements massifs dans les renouvelables.
La question est donc loin d’être simple et chaque pays doit pouvoir y répondre démocratiquement selon sa typologie, son climat, ce qui est le plus adapté selon ses possibilités.
Ce qu’il faut comprendre ici, c’est que la problématique environnementale ne s’arrête pas au fait de disposer d’autant d’énergie de manière alternative, même avec beaucoup moins de CO2.
D’une part, aucune source d’énergie ne fait aucune émission et certains usages de l’énergie produisent de fortes émissions de gaz à effet de serre, comme la production de ciment ou l’agriculture.
Mais surtout, si on utilise autant ou davantage d’énergie pour continuer à surexploiter les autres ressources, qu’elles soient minières ou issues de la biosphère, on aura d’autres problèmes, liés à des épuisements ou peut être plus dramatiques encore comme l’effondrement de la biodiversité.

2) Vers une pénurie de ressources généralisée ?

Encore une fois, prenons du recul. L’essentiel de l’activité économique consiste à prendre des ressources dans l’environnement pour les conditionner avec ou sans transformation et les vendre. Le terme d’extractivisme est apparu pour désigner cette logique d’exploitation industrielle de l’environnement en perpétuelle accélération.

Ces processus nécessitent de l’énergie. Une diminution de l’énergie signifie une diminution de la capacité d’extraction, de production, de transport, de transformations possibles et donc de l’activité économique productiviste. Il y a d’ailleurs une grande corrélation entre PIB et quantité d’énergie.
Si la limitation peut venir de l’énergie comme nous l’avons vu, elle peut aussi être le fait de l’épuisement des ressources à transformer.

Si certaines ressources ont une abondance dont on est loin de voir le bout, d’autres en revanche vont voir leur production diminuer au cours de ce siècle.

70 milliards de tonnes !

Nous avons accès à de nombreuses ressources situées à la surface de la terre ou en creusant de plus en plus profondément.
L'extraction de matières premières depuis l’environnement par l’homme atteint aujourd’hui 70 milliards de tonnes par an. Cette valeur a été multipliée par 10 lors du siècle précédent et continue à augmenter à un rythme effréné. Cela représente environ 10 tonnes par personne chaque année.

Bref, s’il est difficile de prévoir telle ou telle pénurie avec précision, la logique d’extraction croissante est vouée à atteindre les limites de toute ressource finie. Ce sera le cas pour de nombreux métaux au cours de ce siècle.

On pourra rétorquer que la matière utilisée n’est pas perdue mais déplacée, transformée, toujours bien présente sur Terre.
Malheureusement la réalité nous met face à des pollutions de territoires dont la biosphère, la qualité de l’eau est mise à mal par l’activité extractiviste.

D’autre part, si on peut recycler certains matériaux, on a souvent une dégradation liée aux mélanges dont on a parfois du mal à revenir. De plus, une partie de la matière est dispersée, ce qui la rend difficilement réutilisable.

Il faut se rendre à l’évidence : la vitesse actuelle d’extraction de ressources et d’usage de l’environnement et leurs évolutions ne permettent pas un fonctionnement à long terme puisqu’ils épuisent et dégradent, rendant impossible un fonctionnement circulaire.

Il serait raisonnable d’anticiper davantage et de ralentir le rythme pour restaurer un fonctionnement soutenable à long terme.

II) Les menaces liées à la perturbation des équilibres biogéochimiques.

Le propos développé dans cette partie est largement inspiré de l’ouvrage ci-contre :

Limites et frontières planétaires.

La notion de limite planétaire est récemment apparue dans la littérature scientifique. Elle fait référence aux ressources dont nous avons déjà parlé, mais également et surtout pour exprimer l’idée de seuils à partir desquels notre civilisation met en péril le fonctionnement pérenne du système, en impactant les processus de régulation de la biosphère.
Si elle est trop dégradée, des services rendus naturellement par le système terre finissent par ne plus être assurés.
Parmis les variables essentielles de contrôle de notre environnement, on compte :


Entre autres critères essentiels au bon fonctionnement d’un environnement optimal. L’attention médiatique est aujourd’hui centrée sur le climat et son réchauffement, mais certaines autres conséquences sont sans doute plus préoccupantes encore.
On ajoutera que plusieurs de ces observables sont interdépendantes, et qu’il faut considérer le système dans son ensemble.
Nous ne développerons ici que 3 points, mais chacun est capital et mériterait d’être considéré avec gravité.

1) Le réchauffement climatique.

Même si le sujet reçoit une couverture médiatique forte depuis quelques temps, il véhicule encore de nombreuses confusions. Le handicap principal à appréhender et traiter le problème vient d’un manque d’anticipation et de la difficulté d’intégrer des conséquences à long terme dans nos prises de décisions. Les nombreux travaux du GIEC permettent d’avoir accès à des connaissances scientifiques assez précises sur toute cette affaire. Reprenons tout cela en détail :

Qu’est ce que le réchauffement climatique ?

Le réchauffement climatique est une augmentation de la température moyenne planétaire.

Si le climat terrestre a toujours évolué, il n’a changé aussi rapidement qu’aujourd’hui que lors de cataclysmes. Ce à quoi nous sommes en train d’assister est réellement un bouleversement extraordinaire dont on ne mesure pas toutes les conséquences, mais dont ce qu’on prévoit n’est pas réjouissant.
Nos sociétés sédentaires se sont installées, se sont développées et ont prospéré dans un environnement favorable et stable, si bien qu’on pouvait s’imaginer que cette situation était acquise pour de bon.

La raison de ce bouleversement est un forçage radiatif induit par les activités humaines : des gaz comme le dioxyde de carbone (CO2), ou le méthane (CH4) ont vu leur concentration largement augmenter dans l’atmosphère au cours des 150 dernières années. D’abord doucement puis à un rythme de plus en plus soutenu depuis 1950.

Ces gaz ont la particularité d’absorber des rayonnements infrarouges émis par la Terre et conservent ainsi une partie de l’énergie qui était habituellement dissipée vers des couches supérieures et vers l’espace.
C’est ce surplus de chaleur proche du sol, qu’on appelle le forçage radiatif.


On l’estime actuellement à 2,3 W/m², sachant que la Terre est chauffée habituellement par 240 W/m² en moyenne et que les variations d’activité solaire font plus ou moins 0,1 W/m².
Le forçage déjà induit par l’homme revient donc à une hausse d’environ 1% soit 1,2 millions de milliards de Watt une fois ramené à la surface totale.
C’est l’équivalent de 120 milliards de chaudières électriques de 10 kW qui fonctionneraient tout le temps, toute l’année,
et qui monteraient ainsi le chauffage habituel pour élever la température moyenne planétaire de 1,2 à 1,3°C observés aujourd’hui.
Disposer d’un peu de chauffage, c’est très bien. D’ailleurs sans effet de serre, la Terre serait gelée. Le problème est qu’on chauffe actuellement déjà trop, et qu’on continue d’augmenter la puissance de chauffe.

Quel est le rapport avec l’homme ?


Le lien avec les activités humaines est direct :
La combustion par exemple est une réaction chimique assez simple : des composés qui contiennent du carbone sont oxydés par l’oxygène, généralement celui contenu dans l’air, et forment ainsi du dioxyde de carbone. Ce qu’on souhaite c’est juste de la chaleur, mais la chimie est faite ainsi, le CO2 est produit et s’échappe dans l’air.
Ce gaz incolore et inodore est très stable chimiquement. Il va ainsi s’accumuler dans l’atmosphère, qui ne peut pas l’éliminer. Seule la photosynthèse permet de capter le CO2 pour faire croître les plantes. Cet absorption est limitée par les surfaces végétales, et quand la plante meurt, sa décomposition ou sa combustion rendent le CO2 à l’atmosphère, selon un cycle.
Les océans absorbent également la majeure partie du CO2 émis par les activités humaines. Seulement, dans ce cas, il ne s’agit essentiellement que d’un tampon qui pourra restituer du CO2 en cas de baisse de concentration atmosphérique, et dont l’efficacité diminue avec l’élévation de température océanique.
De plus, en absorbant le CO2, les océans s’acidifient peu à peu, à un point qui devient préoccupant pour une partie de la vie océanique.

Nous avons vu que les énergies fossiles représentent l’essentiel de notre approvisionnement énergétique depuis un bon moment et que cela devrait se poursuivre dans les années à venir au vu des investissements massifs effectués pour les extraire et les exploiter. C’est l’ensemble de nos activités économiques qui poussent à ces émissions et non tel ou tel domaine : c’est une problématique globale.

En les brûlant, nous sommes donc devenus le principal facteur du changement de taux de CO2 dans l'atmosphère. Ce changement est massif et brutal comme on peut le voir sur la courbe ci-dessous :

Le surplus de CO2 est également dû au changement d’affectation des sols, à la déforestation, quand on passe d’une forêt à un champ par exemple.
On peut encore ajouter la production de ciment (environ 10% des émissions) :
CaCO3 -> CaO  + CO2

Le méthane quant à lui provient de l’agriculture (élevage, rizières), et d’émissions qui accompagnent l’extraction de pétrole ou de gaz. C’est un gaz à effet de serre plus puissant mais qui reste moins longtemps dans l’atmosphère.
Un risque de relargage massif de méthane est possible avec la fonte du permafrost : il s'agit d’immenses surfaces de sol gelé, dont les hausses de température vont modifier l’état et libérer les grandes quantités de gaz qui y sont stockés.
On ne connaît pas toutes les évolutions possibles du système, dont certains risques d’emballement climatique, ou au contraire des phénomènes d’atténuation.
Pour le moment, l’essentiel de nos émissions de gaz à effet de serre est atténué par les océans. Le surplus d’effet de serre est également contré par nos émissions d’aérosols qui ont un effet inverse, de refroidissement en réfléchissant une partie des rayons solaires. Leur impact est déjà compté dans le forçage radiatif.

Voici des prévisions de ce que pourrait devenir la température selon les émissions de CO2 à venir :

Le rythme actuel est de 40 Gt de CO2 par an, et 50% d’équivalent en plus si on compte les autres gaz à effet de serre. Nous sommes environ à 2200Gt d’émissions cumulées de CO2.
C'est-à-dire que les 800Gt restants pour atteindre les 3000Gt et les 2°C correspondants prendront une vingtaine d’années si la vitesse est maintenue. En dehors de l’épisode exceptionnel de ralentissement lié au Covid, la tendance est à la hausse, certainement pas à la baisse.
On construit des gazoducs depuis la Russie pour alimenter en gaz l’Europe, c’est sans doute dans l’idée d’en brûler à un moment donné. De même, on permet l’exploitation de pétrole partout où c’est possible. On construit plus de centrales à charbon qu’on en ferme. On investit encore massivement dans le développement de ces ressources, c’est pour les faire croître. C’est à ce niveau systémique que ça se joue, et que la bataille se perd pour le moment, pour des raisons de compétition économique et de besoins en énergie toujours croissants : plus de gens qui veulent avoir plus.

Est-ce si grave que ça ?

On nous présente ainsi des trajectoires menant dans les années qui viennent à des élévations de température de 1,5°C, de 2°C, qui ont été choisies comme des objectifs arbitraires à ne pas dépasser, mais est-ce vraiment un problème ?
Sans hésitation la réponse est oui. On parle d’une élévation de température moyenne, l’élévation sur les terres sera supérieure et il s’agit de bouleversements très forts. Chaque dixième de degré représente une chaleur colossale.
Au-delà de la fonte des glaces, de la montée des eaux souvent citées, on s’attend à 250 millions de réfugiés climatiques en 2050. La précarité alimentaire sera alors bien plus fréquente car il sera plus compliqué de faire pousser la nourriture. De même on aura des feux de forêt qui concerneront des zones bien plus importantes et pendant une plus grande partie de l’année.
Si on laisse nos activités se poursuivre sur leur lancée, plusieurs milliards de personnes ne pourront plus vivre où elles sont nées et devront se déplacer dans un monde en contraction énergétique, c’est à dire ayant moins de moyens d’action et dont les problématiques seront multiples, comme l’accès à l’eau potable, à la nourriture, les chaleurs extrêmes, les événements climatiques extrêmes, la dégradation des sols, la surpopulation de certaines zones.

Voici quelques détails des désagréments attendus avec de telles températures :

En clair, dès deux degrés, les problèmes sont immenses et au-delà, ça devient carrément ingérable :

Deux degrés arriveront en moins d’une vingtaine d’années si on ne change pas de trajectoire. La suite est trop incertaine pour être discutée, mais ne présage rien de bon. Notre manque de réaction face à un problème de cette ampleur a de quoi nous alarmer.

 2) Cycle de l’azote et du phosphore, réflexions sur l’alimentation et les pratiques agricoles.

L’homme a boosté son agriculture en utilisant massivement des engrais pour donner aux plantes tout l’azote et le phosphore dont elles ont besoin. Cela a largement augmenté les rendements agricoles, et a permis de produire d’énormes quantités de nourriture, pour soutenir l’appétit d’une population croissante, éviter des famines et même enrichir fortement le régime alimentaire d’une part toujours plus grande de l’humanité.
On peut même dire que l’abondance de nourriture a contribué à la forte croissance démographique.
La question qu’on peut alors se poser est la suivante : la population humaine s’est-elle construite sur une montagne de nourriture qui pourra durer dans le temps ou disponible qu’à court terme ? Notre agriculture ultra-productive est-elle durable ou éphémère ?


Si une part non négligeable de la population souffre encore de la faim et qu’il existe de grandes inégalités d’accès à la nourriture, la quantité actuellement produite par l’humanité est gigantesque. Tellement qu’on assiste à des gaspillages importants.

D’autre part, il y aurait beaucoup à dire sur l’éthique des choix de production, notamment la maltraitance animale et l’impact écologique catastrophique de la surproduction de viande ou autre, qui ne correspondent pas à des besoins alimentaires, mais pour répondre à des désirs induits, parfois néfastes pour la santé.
Compte tenu de ces excès à bien des niveaux, on peut penser que la production alimentaire a beaucoup de marge si elle devait répondre aux stricts besoins.

Cependant la question de l’approvisionnement alimentaire est bien plus complexe et n’est pas homogène selon les régions. C’est bien ce qui risque de se produire, comme c’est déjà le cas aujourd’hui : certains n’auront pas accès à la nourriture quand d’autres pourront faire des buffets à volonté.

Aujourd’hui les excès de production des uns permet via le commerce de nourrir les autres, c’est même le mode de fonctionnement normal de nombreux pays qui n’ont aucune autonomie alimentaire.
Ce système a plutôt bien fonctionné jusqu’ici mais pose plusieurs problèmes :

A travers tout cela, on voit bien que notre système agricole ne se soucie pas actuellement d’être durable ou de limiter son impact environnemental. Il faudra l’adapter pour baisser sa contribution au réchauffement climatique, mais également pour lui faire respecter les limites planétaires et permettre à l’humanité de bien vivre durablement.

3) Effondrement de la biosphère.

L’ensemble des espèces vivantes de par leur diversité et leurs populations importantes, participent à la régulation des écosystèmes et nous rendent des services inestimables.
La survie de la majeure partie de l’humanité dépend littéralement de ces services.
La pollution, la destruction d’habitats, les massacres liés à la pêche industrielle, à l’utilisation de poisons en tout genre, ont accéléré l’effondrement des populations sauvages et
Nous assistons actuellement à la sixième extinction de masse.
Imaginez un jeu vidéo de développement économique et militaire où vous auriez un score de 1000 000 quand les autres joueurs sont à 1. En un clic, vous pouvez détruire n’importe quel joueur. C’est plus ou moins ce que fait l’homme aux autres espèces, en les privant d’habitats, en supprimant tout ce qu’il considère comme un parasite ou un compétiteur, à quoi on ajoutera encore les dommages collatéraux. Par exemple, le nombre d’insectes a énormément baissé à cause des produits phytosanitaires dirigés contre ceux qui nous dérangent. Au final on se retrouve avec des populations décimées, et leurs services avec.

On estime que 70% des populations de vertébrés ont disparu en 50 ans et la vitesse de disparition s’accélère.

Le nombre d’espèces menacées va croissant, alors que la diversité est la richesse qui permet la résilience d’un écosystème. Nous sommes donc face à une biosphère mise à mal par les activités humaines, qui a perdu une bonne partie de sa capacité d’adaptation et qui va devoir de surcroît affronter des changements de climat et d’acidité des océans. On sait qu’une hécatombe est en marche.

Conclusion de la première partie :

Malheureusement, notre situation est assez claire : nous profitons à crédit d’un confort luxueux à court terme, en impactant négativement à moyen et long terme les conditions de vie futures. C’est pourquoi nous sommes convaincus qu’il faut changer notre manière de penser, notre manière de vivre, faire moins, faire mieux, vite.
On peut comparer notre rapport aux énergies fossiles à l’usage catastrophique d’une drogue :
Dans un premier temps, elles nous ont donné beaucoup de plaisir, ont rendu nos vies agréables tout en créant une dépendance. D’une consommation saine et gérable, on a basculé dans l’excès et l’autodestruction. On est aujourd’hui complètement accro, et à deux doigts de succomber d’une overdose, si bien qu’il va être très difficile de s’en sortir.


Je voudrais garder une note d’espoir en rappelant que nous avons toutes les connaissances, des possibilités techniques plus évoluées que jamais et qu’un fonctionnement pérenne des sociétés humaines sur la Terre est possible, à condition d’en avoir le courage politique.
Rendre possible l’acceptation d’une trajectoire si rude mais nécessaire, devrait s’accompagner d’une réduction des inégalités, du développement de qualités comme le partage, l’entraide, l’humilité, l’éducation et redonner ainsi ce qui manque sans doute le plus à notre génération : un peu plus de sens et de cohérence à nos existences.

Deuxième partie : Quelles solutions apporter à ces problématiques.

La plupart des dangers évoqués précédemment sont liés à la notion d’empreinte environnementale, qui est aujourd’hui excessive, et qui tend à augmenter dans les décennies à venir, d’autant plus si on ne remet pas en question les mécanismes à l’origine de son incroyable expansion.
On peut la définir de manière globale comme dépendant de 3 facteurs :
- La population mondiale.
- La consommation moyenne : combien et quoi.
- Le type de technologie mobilisée.

On en tire l’équation suivante, qui donne une approximation de l’impact environnemental :
Impact = Population x richesse x technologie

I) Décroitre vers un juste milieu.

Nous l’avons vu, les problématiques engendrées par les logiques croissantistes sont nombreuses et nous ont déjà fait franchir de nombreux seuils de fonctionnement à long terme. De plus ces logiques nous poussent encore à augmenter notre impact aujourd’hui.
En clair nous sommes déjà allés trop loin, notre vitesse et notre inertie sont énorme, et alors qu’on devrait ralentir, nous sommes encore en train d’accélérer.

Mise au point sur la décroissance.

La décroissance est l’objet de nombreux malentendus, souvent entretenus à des fins de propagande par les défenseurs de l’idéologie libérale.

II) Pourquoi un retour aux low techs est souhaitable.

III) Changements systémiques et action politique.

SUNRISE